lundi 13 avril 2009

Salon de l’immobilier : les banques veulent y croire mais bloquent les crédits


Pour les banquiers, c'est le moment d'acheter. Ils l'ont dit et redit à Chaker, qui a fait un tour la semaine dernière au Salon national de l'Immobilier. Il a pourtant croisé nombre de clients qui ne parviennent pas à obtenir de crédit ou une baisse des taux. Reportage.

Dans un contexte de baisse de taux et des prix de l'immobilier, en particulier dans l'ancien, le Salon National de l'Immobilier s'est réuni à Porte de Versailles, du 19 au 22 mars 2009. Tous les acteurs du secteur étaient présents, banques, courtier, promoteurs. C'est l'endroit idéal, pour démontrer que, malgré la crise et le manque de liquidités supposé du marché, les financiers sont toujours présents pour accompagner les personnes souhaitant investir dans l'immobilier à titre privée où comme un placement financier.



«La crise financière a du bon, car les taux sont très bas, nous dit un interlocuteur de la BNP. C'est le moment d'acheter ! De plus, on note une baisse du marché de l'immobilier, c'est vraiment le bon moment, surtout pour les primo accédants. Malgré ce qui est véhiculé dans les médias, les gens sont toujours intéressés par l'accession à la propriété ».

L'heure est donc à l'optimisme chez les banquiers, surtout quand on sait qu'un emprunt immobilier fidélise un client et toute sa famille pour 30 ans maximum, et même si la marge des banques est de plus en plus faible compte tenu de la concurrence accrue que se livrent les financiers et la baisse des taux, à terme ils seront bénéficiaires car on pourra toujours leur placer d'autres produits type assurance, carte de paiement et services en tous genres qui eux sont lucratifs.

Les banques ne sont pas les seules à sourire, les promoteurs aussi. «A chaque fois que j'ouvre les journaux, je ne vois que morosité, drame social, crise, nous confie un vendeur d'un promoteur immobilier. Mais moi qui suis tous les jours sur le terrain, mon carnet de commande ne désemplit pas. Je fais des réservations tous les jours, je n'arrête pas». Alors la crise du marché immobilier, foutaise où réalité ?

Jean Jacques, retraité corse et propriétaire d'un terrain à vendre, a passé 4 jours au Salon National de l'Immobilier, non pas pour aller la rencontre des professionnels mais plutôt des particuliers. Il s'est installé à l'entrée, avec une grosse pancarte, afin de vendre son terrain. «Les banques et les promoteurs sont des escrocs, pour moi ce salon c'est le moyen de vendre mon terrain sans passer par ces rapaces, qui se sucrent, nous dit il avec son accent corse. Mon terrain, c'est une super bonne affaire, je le vends avec un rabais de 50 000 euros. Une fois vendu, je me casse en Corse ».

Mamadou, employé de bureau, est du même avis que notre Corse. «Je suis actuellement à la Caisse d'Epargne. Il y a un an, j'ai dit à mon conseiller que je souhaitais acheter, il m'a dit qu'il financerait à 100%. J'ai enfin trouvé la maison de mes rêves, mais quand je me suis présenté à ma banque, voilà qu'il me demande 20% d'apport plus une caution solidaire. Franchement, j'ai rien compris, j'ai donc fait appel à d'autres banques, j'ai déposé mon dossier de prêt dans plusieurs agence. A ce jour j'ai que des réponses négatives ou pas de réponse du tout. Le plus grave c'est que j'ai signé une promesse de vente, je risque d'y laisser des plumes. Dans le salon, j'ai vu des banques. Toutes me disent pas de problème, on va vous rappeler. Mais j'y crois pas trop ».

Henri, cadre, a lui aussi rencontré des difficultés avec sa banque. « Compte tenu de la baisse des taux, j'ai sauté sur l'occasion pour négocier mon prêt immobilier que j'avais contracté auparavant à 6%, mais j'ai eu un refus catégorique de ma banque, je ne comprends pas, j'ai fait le tour des autres banques, même réponse. Mon cas n'est pas grave, mais j'ai un ami qui se trouve avec un prêt relais qui se termine dans un mois. Sa maison n'est toujours pas vendue, il a demandé une négociation à l'amiable avec sa banque, à ce jour aucune réponse ». Décidemment les banques et les particuliers ne vivent pas sur la même planète

Le flux croisé des retraités Français et Marocains


Le Salon de l'Immobilier offrait un raccourci saisissant. Germaine, retraitée parisienne, va vivre à Tanger. Rachid, lui, retraité marocain, délaisse sa villa au bled et cherche un pavillon en banlieue parisienne.

Au Salon National de l'Immobilier, qui s'est tenu Porte de Versailles du 19 au 22 mars et par ailleurs assez peu fréquenté, un stand n'a pas désempli : celui du Maroc. Les deux charmantes jeunes commerciales chargées de promouvoir l'achat d'un appartement ou d'une villa au Maroc n'arrêtent pas, pas le temps de prendre une pause. Il faut dire que le royaume de Mohammed VI a tout pour attirer les français en mal d'exotisme... et d'économie.



«Cela fait un an que je suis à la retraite, nous confie Yves, qui a déjà bien assimilé les avantages du Maroc. J'habite actuellement à Courbevoie, et je veux vendre mon appartement pour passer la fin de mes jours au soleil. Comme le sud de la France c'est cher, j'ai pensé au Maroc. C'est à 2 heures d'avion, et en plus, vu le cours de la monnaie marocaine, je suis gagnant. Sans oublier les avantages fiscaux : pas de taxe d'habitation pendant 5 ans, ni d'impôt sur le revenu pendant deux ans, possibilité de percevoir ma pension dans un compte bancaire marocain».

La plupart des personnes qui s'agglutinent autour du stand sont des retraités, à la recherche d'un peu de calme et de chaleur. «J'habite en plein Paris, dans le 20e où je suis née, nous dit Germaine. Mais depuis les années d'après-guerre, mon quartier a changé, je ne suis plus à l'aise. Les Marocains, eux, sont gentils et serviables, j'y vais souvent pour de courts séjours. Ils ont toujours un sourire, une amabilité ! Je suis tombée amoureuse de ce pays. J'ai réservé un bien immobilier à Tanger. Le promoteur m'a rassuré, le quartier sera fermé, gardé matin et soir, on pourra se rendre en ville grâce un service de transport spécial pour notre quartier. Je ne serai pas trop dépaysée, mes voisins sont francophones, et le plus agréable, c'est qu'on aura un jardinier, une coiffeuse, pour nous uniquement. Vous imaginez, le soleil, des gens à votre service, les pieds dans l'eau, ça va me changer de mon 20e arrondissement ! »

Des retraités qui quittent notre douce France pour le pays du tajine, d'accord. Mais les Marocains résidants en France, ils sont où ? En fait, pas très loin. Rachid, 60 ans, originaire d'Oujda, flâne autour des stands voisins. «Je suis propriétaire au Maroc, dit-il, j'ai une super belle villa. On est pas intéressé par les programmes proposés par le stand marocain, car ils vendent des biens loin de la ville. En plus, moi, aujourd'hui, je suis venu au salon car je cherche une maison en banlieue parisienne. Ma vie est ici ! La villa au Maroc, c'est juste pour quelques jours de vacances. Mes enfants sont ici, je ne me vois pas retourner définitivement au Maroc ». Son épouse, Yasmina, abonde dans le sens de son mari : «On a quitté le Maroc dans les années 60, c'est pas pour y retourner définitivement. Notre vie est ici, on a plus vraiment d'attache affective au Maroc. Franchement je suis surprise de voir ces retraités français partir vivre là-bas. Je me demande comment ils vont faire».

Idée de business pour jeune entrepreneur désirant faire bientôt la une de notre fameuse rubrique CAC93 : créer une plateforme d'échange de biens immobiliers pour retraités français en quête de soleil et immigrés marocains ayant construit leur belle villa au bled mais n'ayant plus envie d'y retourner....

Livret A : tous les mauvais coups sont permis


Les Français se ruent par centaines de milliers sur cette épargne. Les banques usent parfois de moyens à la limite de la légalité pour conserver leurs clients.

Depuis le 1er janvier, toutes les banques de France et de Navarre peuvent enfin commercialiser le Livret A, jusqu'alors chasse gardée de la Banque Postale et de la Caisse d'Epargne. Ce placement de trésorerie, destinée au financement du logement social, est rémunéré à 2,5% en totale franchise d'impôt et de prélèvements sociaux. Plafonné à 15 300 euros, il offre plusieurs avantages : il est sûr, rentable et liquide.



Depuis le début de l'année, les Français se ruent pas centaines de milliers aux guichets des banques pour bénéficier de cette offre, et l'on note une forte augmentation de dépôt sur cette épargne : 19 milliards d'euros pour le seul mois de janvier, somme jamais atteinte depuis 1995. A ce jour, on ne compte pas moins de 46 millions de détenteurs avec un encours de 140 milliards d'euros.

Devant ces chiffres qui donnent le vertige, on comprend parfaitement pourquoi les banques qui sont en manque de liquidités, ont mis en place des actions commerciales agressives et à la limite de la légalité pour attirer les épargnants. Certains établissements offrent une bonification du taux d'intérêt sur le marché monétaire et un abondement sur le versement pour fidéliser le client, offre commerciale tout à fait légale ; d'autres, par contre, pour faire face à cette compétition féroce, abusent de l'innocence des clients et comme d'habitude ce sont les habitants des quartiers populaires, en règle générale les moins informés, qui sont victimes de ces violations du code bancaire : débit de manière autoritaire, souscription du Livret A sans consentement et sans signature...

Les témoignages de clients abusés sont légion. Nous avons rencontré René, un retraité de de Saint-Denis : « Début octobre 2008, mon banquier me contacte afin de me réserver un livret A, je lui rétorque que je possède déjà un livret à la Poste et donc que je ne suis pas intéressé par l'offre. Mais début janvier, je constate malgré tout sur mon relevé de compte qu'on a prélevé la somme de 15 euros afin d'alimenter un livret A, prélèvement auquel je n'ai jamais donné mon accord. »

D'autres épargnants se sont vus associer avec le livret une assurance qu'ils n'ont pas contractée. « Au mois de janvier de cette année, confie Inès, étudiante dans une école de commerce et résidente à Garges-lès-Gonesse, je me rends à banque pour obtenir un prêt étudiant. Mon conseiller m'explique qu'il serait préférable que j'ouvre un livret A, pour que sa hiérarchie donne son accord au prêt. J'accepte car j'ai besoin de ce prêt. Mais quelques semaines après, je vois qu'on a bien prélevé 100 euros pour l'ouverture du livret A, mais en plus, qu'on m'a ponctionné 36 euros avec comme libellé « assurance », assurance à la quelle je n'ai jamais donné mon accord. »

Les banques nouvellement arrivées sur le marché du livret A, attirées par son fumet, ne sont pas les seules à agir de la sorte. La Banque Postale et la Caisse d'Epargne qui commercialisent ce placement depuis plusieurs décennies ne sont pas en reste. On peut le comprendre, elles craignent que leurs clients transfèrent leur livret A dans d'autres établissements bancaires, et là, dans certaines agences, on n'hésite pas à faire pression.

« A la Poste, il ne me reste qu'un Livret A, explique Suzanne, agent d'entretien de Villiers-le-Bel. Je souhaitais transférer ce livret dans ma banque pour des raisons de commodités. Je me présente au guichet afin de faire le nécessaire, et là on me dit que je dois prendre un rendez-vous. Je m'exécute, mais on ne peut me proposer un rendez-vous que dans 15 jours. J'accepte malgré tous. Lors de ma rencontre avec ma conseillère, celle-ci va essayer de me convaincre pendant près d'une heure de ne pas transférer mon Livret A de la Poste à mon autre banque, mais je reste ferme. Cela fait plus d'un mois que j'ai rencontré cette personne, et mon livret A n'est toujours pas transféré. »

Décidément, en ces temps de crise, les banques accordent une grande valeur à l'argent

Casablanca, l'Eldorado des entrepreneurs de banlieue


Yanis, 28 ans, de Mantes la Jolie, en avait assez de prendre chaque matin le RER pour Saint-Lazare. Il a pris un aller simple pour Casablanca. Là bas, pas de crise, 6% de croissance et ses affaires décollent. Il gère à distance le secrétariat de son ancien dentiste.

Alors que les grands de ce monde ont tenté à Londres de trouver des solutions pour endiguer la crise économique, il est un pays, pas très loin de chez nous, qui semble traverser cette tempête financière sans trop de roulis. A vrai dire, ce pays chanceux est plus connu pour ses tajines ou ses souks que pour ses performances économiques : c'est le Maroc.



Aujourd'hui, dans les avions à destination de Marrakech et de Casablanca, les touristes côtoient des hommes d'affaires et des investisseurs attirés par des conditions de développement très avantageuses.

Avec une évolution positive de tous les secteurs d'activités, hormis le textile, une industrie automobile et aéronautique (sous traitance des entreprises internationales) en pleine explosion et une croissance à 6%, le pays est devenu le rendez vous de businessmen du monde entier.

Parmis ces Bernard Tapie en puissance, on croise dans les halls des aéroports de Casa où de Rabat des « mecs de banlieue » qui ne sont pas là pour du business illicite de stupéfiants, mais pour monter des affaires commerciales légales et très lucratives !

Yanis, 28 ans, jeune homme originaire de Mantes la Jolie, titulaire d'un BTS commercial, fait partie des jeunes qui ont pris un aller simple pour Casablanca. « L'idée de partir au Maroc m'est venu lorsque j'ai vu un reportage TV sur un jeune belge d'origine marocaine, qui a quitté Bruxelles, pour développer là-bas une société immobilière. On le voyait se pavaner en Mercedes cabriolet dernier modèle, bronzé et lunettes de soleil sur le nez. Pendant que moi, je me saignais pour un salaire de smicard en étant vendeur chez SFR, en me tapant les transports et le stress quotidiens ».

Partir au Maroc, c'est simple, mais pour y faire quoi ? « Un jour en me rendant chez mon dentiste, j'ai remarqué que la secrétaire était partie et c'est lui qui devait s'occuper seul des taches administratives, qui répondait au téléphone en plus de soigner ses patients. En faisant un sondage rapide dans la région, j'ai découvert que la plupart des médecins étaient dans le même cas. J'avais entendu parler de sociétés off shore installées dans les pays émergents qui sous traitaient certaines activités de services. Je me suis dit que le Maroc c'était l'endroit idéal pour y installer une boite de services aux médecins ». En effet, depuis plusieurs années, le Royaume a compris que les sociétés off shore sont créatrices d'emplois et développe des Pôles de compétitivités dans toutes les grandes villes du pays et en particulier à Casablanca, qu'on appelle aussi la Casaearshore, capitale du business off shore. Aujourd'hui, ce poumon économique représente 60% du PIB.

Après avoir rédigé son business plan, notre « mec de banlieue » prend un aller simple pour le bled. « Cela fait plus d'un an que je suis à Casa. C'est vrai qu'au début cela a été dur de s'habituer aux habitudes des gens. Ici, lorsque tu donne rdv à 15h, il faut attendre la personne à 15h30. C'est un peu le système débrouille. Mais grâce à mon associé médecin qui a toujours vécu ici, je m'y suis fait et pour rien au monde je changerai la plage de Casa contre le trajet Mantes - Saint Lazare ».

Après une quinzaine de mois, sa société n'est pas encore bénéficiaire mais cela ne saurait tarder. « On a commencé avec deux postes, afin de faire les appels sortants et entrants, prise de rdv, taches administratives. Aujourd'hui, on a une dizaine d'employés, mon associé médecin s'occupe du management et moi je démarche les clients par téléphone. Je ne peux pas encore faire des allers retours Casa Paris, mais cela viendra. Comme ils disent ici : Casa n'attire jamais le malheur ! »

mardi 17 mars 2009

Ces riches qui échappent à l’impôt en toute légalité...


Grâce aux conseils d’avocats fiscalistes, certains ménages pourtant assujettis à l’ISF ne paient pratiquement pas d’impôt. Enquête sur une imposition à deux vitesses
Afin de répondre à la baisse de pouvoir d’achat et, par là même, relancer la consommation, le gouvernement envisage de supprimer la première tranche d’imposition. Après avoir instituer le bouclier fiscal, mesure qui favorise les plus riches, le Président décide de venir en aide aux plus pauvres, dans un souci de justice et d’égalité. Mais la réalité démontre, hélas, que les contribuables, selon leurs situations sociales et financières, ne sont pas égaux devant l’impôt. En clair, plus notre patrimoine financier est important, mieux on arrive à échapper à la fiscalité. Pour démontrer cette thèse, nous avons rencontré deux familles, l’une résidant à Neuilly, les époux Durand, et l’autre à La Courneuve, les époux Benkhoud.


Le couple résident à Neuilly est propriétaire d’un appartement d’une valeur d’1,1 million euros, Monsieur perçoit un revenu de 45 000 euros net par an et Madame un revenu net de 35 000 euros. Compte tenu de leur situation patrimoniale et financière, ils sont soumis à l’ISF et à l’impôt sur le revenu. Mais dans les faits nous allons constater qu’au titre de l’année 2009, il n’en est rien.
En effet, le Code général des impôts permet un certain nombre de déductions fiscales, grâce à des outils financiers et juridiques. Et les époux Durand ne s’en privent pas : « Grâce à mon avocat fiscaliste, nous faisons en sorte d’être assujettis le moins possible à l’impôt » et apparemment pour ceux qui sont bien informés des astuces fiscales, on se retrouve avec « une fiscalité très faible » voir nulle.
« Selon notre situation financière, nous devrions payer 10 900 euros d’impôt sur le revenu et 4 235 euros au titre de l’ISF. Au final nous ne payons que 1 900 euros d’IR et rien pour l’ISF. » Ces solutions qui permettent les déductions fiscales sont en majorité des placements financiers distribués par les banques et les assureurs. « Nous avons souscrit auprès notre banque des FCPI et des FIP, qui nous ont permis d’avoir un abattement de 9 000 euros et de déduire la totalité de notre ISF. »
Les FCPI et les FIP pour Fonds Commun de Placement d’Investissement et Fonds d’Investissement de Proximité : ce sont des titres côtés sur des marchés financiers. Leur particularité font qu’ils sont investis dans des entreprises aux activités innovantes, et qui ont moins de cinq ans d’existence. La carotte fiscale est justifiée par le fait qu’elle incite au développement de jeunes entreprises et donc au développement de l’économie. Le seul bémol de cette déduction fiscale c’est qu’elle n’est valable que la première année.
Pour nos époux Benkhoud, rien ne sert d’apprendre par cœur le Code général des impôts, car les solutions de déduction sont minces au regard de leur situation financière. Monsieur perçoit un salaire net de 19 000 euros annuel, Madame 15 000 euros. Ils sont locataires, paient un loyer de 540 euros par mois. N’ayant d’épargne liquide, ils ont un certain nombre de mensualités de crédits de consommation à rembourser, qui représente en totalité près de 40 % de leur revenu global. Ils ne sont pas soumis à l’ISF, mais à l’IR : « Au regard de ce que nous gagnons, nous payons 1 730 euros d’impôt sur le revenu. »
Les intérêts de remboursement d’un prêt immobilier permettent une déduction, mais pour bénéficier de cette mesure il faut déjà avoir la capacité d’acheter un bien : « Compte tenu de notre endettement et de nos faibles revenus, les banques ne prendront pas le risque de nous suivre dans notre projet immobilier. » Résultat, pour les époux Durand, les impôts représenteront 2,9% de leur revenu tandis que les Benkhoud paieront eux 5,08 %.
Mais que ces derniers se rassurent, le gouvernement a décidé d’annuler la première tranche d’imposition. Par contre les banques continueront à commercialiser des crédits « usuriers » à ces mêmes ménages…

Des « Fonds garantis »... pour les banques


Les salles de marchés s’activent régulièrement afin de proposer à leurs distributeurs, les banques et les assureurs, des produits financiers attractifs et faciles à commercialiser auprès de leur clientèle. Parmi ces innombrables offres, il y a un produit que les banques aiment plus que tout commercialiser et ils n’hésitent d’ailleurs pas à en abuser en le proposant plusieurs fois dans l’année sous différentes appellations. Ce sont les fonds de garantie

C’est un placement sûr à moyen et long terme (entre 4 ans et 8 ans), il peut être souscrit dans une enveloppe fiscale comme un Plan Epargne en Action ou une Assurance Vie. La particularité de ce placement, c’est qu’il permet d’investir en Bourse sans perdre son capital investi en cas de chute boursière.
Concrètement, vous investissez un capital qui est indexé sur un indice comme le CAC 40 ou sur un panier d’actions. Si à l’échéance du contrat, l’indice ou le panier est supérieur à celui de départ, vous bénéficiez d’une rémunération. Dans le cas contraire vous récupérez votre capital. En clair, vous gagnez à tous les coups, au grattage et même au tirage. Mais qu’en est-il réellement ?
Toutes les banques de la Place de Paris sont friands de ces produits – c’est « Doublo » à la Caisse d’Épargne, « Bénéfic » à la Banque Postale, « Pimento 5 » à LCL –, et lorsqu’ on regarde de plus prés on comprend pourquoi. D’abord, des frais en tous genres sont ponctionnés, que se partagent la banque et la société de gestion : frais d’entrée, frais de gestion, pénalités de sorties en cas d’arrêt du contrat avant l’échéance.
« En 2000, la bourse était en chute libre, j’avais un peu d’économie, je voulais un placement sans risque, nous dit Alfred, 30 ans, infirmier à Argenteuil. Mon conseiller m’a convaincu d’aller sur un nouveau produit, qui alliait la performance boursière et la garantie du capital, c’était alléchant. Malgré les frais d’entrée de 4 %, des frais de gestion de 0.90 %, mon banquier m’a démontré qu’a l’échéance des 8 ans, je serai gagnant. »
Mais finalement, Alfred a déchanté en 2008 : « J’ai reçu un courrier de ma banque, m’annonçant que malgré la contre-performance, je récupère mon capital net investi, me propose dans le même courrier de repartir sur un autre placement. J’ai été fissa récupérer mon argent et je l’ai placé sur mon livret A. »
L’autre problématique de ce produit ce sont les pénalités de sortie. En effet si vous souhaitez sortir de ce placement avant l’échéance, la banque vous prélève une pénalité de 4%, c’est ce qui est arrivé à Mamadou, 40 ans, agent d’entretien : « J’avais placé 20 000 euros sur un placement garanti sur une durée de 4 ans. Malheureusement j’avais besoin de cet argent au bout de deux ans, suite à un accident de la vie. J’ai récupéré moins que mon investissement puisqu’il y avait des pénalités de sortie, ce qu’a omis de me dire mon banquier au départ. »
C’est vers la fin des années 90 que les banques ont commencé à commercialiser ce type de produits. Le constat est terrible pour les particuliers aujourd’hui, puisque la plupart de ces fonds ont fait des performances inexistantes ou faibles. Mais pour les banques c’est tout bénef ! Frais multiples et élevés, client fidélisé pour au moins 8 ans, produit facile à commercialiser et faible rémunération versé à l’épargnant. La crise financière a mis en lumière les excès des salles de marchés et des sociétés de gestion, en créant à tout va des produits financiers pour plus de performance et de commissions. Les placements garantis en font partie.
Si vous souhaitez réellement investir en Bourse sans prendre de risque, il vaut mieux investir sur une SICAV action en mettant en place des versements mensuels, que de privilégier des formules qui ne répondent à aucune logique financière.

Afflux de chômeurs à Pôle Emploi : « Ça va exploser »


Les ex-ANPE ne parviennent pas à faire face à la « demande » des sans emploi. Exemple frappant à l’agence de Sarcelles. Témoignages.

Après l’annonce des derniers chiffres du chômage qui annonce une augmentation de prés de 90 000 chômeurs en un mois, Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’emploi, prévient l’opinion publique : « On va avoir des chiffres comme ça sur plusieurs mois. » L’annonce angoisse, alors le chef de l’Etat tempère en affirmant que la France n’est pas le dernier de la classe occidentale. Mais le patronat et les syndicats sont unanimes pour dire qu’à la fin de l’année, il y aura de 454 400 chômeurs de plus.
Sur le terrain, Pôle Emploi est débordé, les syndicats réclament à cors et à cris des embauches afin de faire face à cette accrue sans précédent de chômeurs. Les agents sont mobilisés uniquement pour accueillir les demandeurs d’emploi et non plus pour établir des parcours professionnels ou démarcher d’éventuels recruteurs. A l’antenne du Pole Emploi de Sarcelles, on est à bout, on arrive à des situations complètement aberrantes.
Ali, 30 ans, ingénieur au chômage depuis deux mois, titulaire d’un doctorat en chimie, témoigne : « J’ai été licencié suite à un dépôt de bilan de ma boîte, c’est la première fois que je suis victime du chômage, pour moi, c’est dur moralement, mais je suis décidé à me battre. Hélas, j’ai vite déchanté lors de mon premier entretien avec mon conseiller pole emploi. »
Ali poursuit : « Je me pointe à 9 heures du matin, comme indiqué sur ma convocation, je ne suis reçu qu’à 9h30, par une jeune femme complètement en panique, qui munie d’une feuille, appelle plusieurs personnes, dont moi. Nous sommes une dizaine, on nous fait entrer dans une salle, il y a une grande table ronde avec plusieurs chaises, et au fond un Paper Board. La conseillère nous annonce que compte tenu du nombre de chômeurs, elle ne peut plus faire face, elle reçoit donc par groupe de dix, et que les entretiens individuels, c’était fini pour l’instant. »
Notre chômeur qui s’attendait à un entretien individuel afin de définir son parcours de recherche d’emploi, comprend qu’il ne pourra compter que sur lui-même pour trouver un emploi : « Chacun de nous s’est présenté à tour de rôle, j’étais le seul ingénieur, la plupart était sans diplômes et occupaient des postes type agent d’entretien. La conseillère annonce que se premier atelier consistera à apprendre à faire un CV. Je me lève et fais remarquer que je suis diplômé et cadre de surcroît, que je n’ai rien à faire dans cette réunion. Je demande qu’on m’inscrive à l’APEC (recherche d’emploi pour les cadres, ndlr). »
La réponse de la conseillère est cinglante, selon Ali : « Elle me dit que cette demande d’inscription à l’APEC aurait dû être faite au moment de la première inscription et que maintenant, c’est trop tard. Elle me dit de me rasseoir, et me fait comprendre que si je refuse d’assister à ces ateliers, je serai radié », avec le risque de ne plus percevoir d’indemnités ASSEDIC.
Nous avons cherché à en savoir plus. Nous avons contacté la conseillère Pôle Emploi de Sarcelles. Elle souhaite garder l’anonymat : « Vous savez, moi, à la base, je m’occupe des chômeurs du monde du spectacle, et là, ma hiérarchie me demande de suppléer au manque de personnel dans l’agence. Je m’occupe de tous les métiers maintenant, or je n’ai à la base aucune formation dans les autres métiers, je fais comme je peux, je suis obligée de recevoir les gens en réunion collective, on n’a plus le temps de faire des entretiens individuels, on a trop de demandeurs d’emploi, je n’ai jamais vu cela en dix ans carrière, ça va exploser c’est sur. »
Pour faire face au chômage de masse, il est semble urgent d’embaucher à Pôle Emploi, au risque que cette entité ne serve qu’à enregistrer des inscriptions, et non à aider les sans emplois à trouver du travail.
Chaker Nouri