jeudi 11 juin 2009

L’Emprunt EDF, une belle opportunité ?


Crise boursière, baisse des taux d’intérêts, les épargnants français ont la gueule de bois, et ne savent plus où placer leur bas de laine. Les banques elles-mêmes ne communiquent plus sur leurs placements financiers. Que faire donc ? EDF a peut être une solution…

EDF a besoin d’argent pour investir ! Habituellement, la société qui détient le monopole de l’électricité en France fait appel à son actionnaire principal, l’Etat, ou alors elle utilise tout simplement ses fonds propres. Aujourd’hui, elle opte pour l’épargne des particuliers par l’émission d’un emprunt. Ce mode de financement a la particularité de permettre aux épargnants de percevoir un coupon annuel, tout en garantissant le capital investi. En l’espèce, EDF offre un taux nominal de 4,5 % sur 5 ans, avec la récupération de l’investissement initial à l’échéance.

Ce sont les établissements financiers qui seront habilités à commercialiser ce produit, du 17 juin jusqu’au 10 juillet. Cette offre est contingentée, par conséquent si le quota est atteint avant la fin de la date prévue, la commercialisation s’arrête. Les premiers arrivés seront les premiers servis.

Dans ces conditions, il est indispensable que les petits épargnants des classes populaires se rendent rapidement auprés des banques afin de prendre rendez vous, voir de faire dés maintenant une réservation. Car ils risquent d'être dépassés par les clients fortunés souvent plus rapide dans ce genre d'opération.

Au regard de la conjoncture actuelle, un placement à moyen terme avec un taux garanti aussi élevé ne peut laisser indifférent les particuliers. En effet, aujourd’hui, sur le marché financier, aucune offre ne peut rivaliser, à part peut être l’assurance vie en fonds euros. Sauf que ce dernier a une échéance fiscale de 8 ans et que son taux est revu à la baisse ou la hausse annuellement.

Une offre alléchante ! Mais qui n’échappe pas à la fiscalité. Les coupons perçus tous les ans sont soumis au prélèvement forfaitaire libératoire de 18 % où à déclarer dans l’impôt sur le revenu, selon la situation fiscale de l’investisseur. L’épargnant peut céder ses parts avant l’échéance, avec le risque de faire une moins value et dans le cas d’une plus value, il sera soumis à la fiscalité des cessions des valeurs mobilières si la vente excède 25 000 euros.

Les spécialistes sont unanimes sur la qualité de cet emprunt. « Un emprunt sur une durée aussi courte, supérieur de 3 point au taux de la BCE, confie un conseiller en gestion de patrimoine indépendant, émis par une entreprise aussi solide qu’EDF, je le conseille à tous mes clients qui souhaitent investir sur une durée courte en toute sécurité. Le risque sur cet emprunt, c’est qu’EDF disparaisse avant l’échéance. Mais cette éventualité est invraisemblable, au regard de la solidité de ce groupe ».

La dernière entreprise qui a fait appel à l’argent des français, c’est Natixis. A l’époque, ce groupe proposait d’acheter des titres cotés en bourse. Depuis, la crise des subprimes est passée par là. Pour sa part, EDF émet un emprunt non exposé au marché action mais au marché obligataire, connu pour sa sécurité. Normalement, les épargnants qui feront confiance à cet emprunt, ne subiront pas la même mésaventure que ceux de la banque d’affaires

lundi 18 mai 2009

Le thé des cités entre chez les VIP


Mohamed, 27 ans, originaire de Nanterre, a été séduit, comme 150'000 autres Français, par le statut d'auto-entrepreneur. On peut le créer d'un simple clic et mettre un pied dans le monde de l'entreprenariat tout en conservant ses activités commerciales. Mais des idées comme la sienne, il n'y en a pas 150'000 autres...

Dans notre inconscient pollué par les clichés sur la banlieue, le seul commerce qui a droit de cité dans les halls d'immeubles des quartiers difficiles, c'est la vente de cannabis. Alors lorsqu'on entend parler de commerce licite dans ces lieux, nos préjugés en prennent un coup.



« A l'âge de 16 ans, sur l'initiative de mon oncle, j'ai décidé de proposer du thé aux jeunes de mon quartier, raconte Mohamed. Le but était de me faire de l'argent de poche et de créer du lien social. Je n'ai pas été gâté par la vie, en échec scolaire et familial, mais je n'avais pas envie de finir mal. Dés mon jeune âge, j'ai voulu m'en sortir et atteindre mon objectif, vendre du thé dans les halls d'immeubles. C'était mon bonheur de la journée. Depuis onze ans, je prépare tous soirs mes deux thermos et mes gobelets, et je descends dans le quartier ». Les épreuves de la vie ont endurci notre porteur de thé. « J'ai vécu des événements terribles dans ma jeunesse, mais cela ne m'as pas détruit. Mieux encore cela m'a donné de la gniaque et la volonté de réussir », nous dit il avec un large sourire.

Dynamique et jovial, il ne laisse personne indifférent : même Jacques Seguela a été séduit. « Je l'ai rencontré lors d'un reportage sur France 5, dit Mohamed. Il a tout de suite été séduit pas mon concept et mon parcours. J'avais confiance dans mon projet, mais le fait d'avoir convaincu un homme comme lui m'a donné encore plus d'énergie ». De la distribution de thé à ses potes dans le quartier, il se retrouve à servir du thé à des personnalités, lors de soirées privées dans les quartiers chics de Paris.

« Thé Man », c'est le surnom que lui ont donné ses premiers clients de la cité. Mohamed a donc appelé sa société «Thé Man Events » et il voit les choses en grand. Car de la simple vente de verres de thé, il passe à l'événementiel. « Le lien que je créais dans les quartiers, je veux le créer partout : soirées vip, lancement d'une marque de chaussure, soirée thématique, etc. Le thé peut s'introduire dans tous les événements ».

D'une activité artisanale, son concept est aujourd'hui une marque déposée, « pour protéger mes idées et mon activité. J'ai aussi opté pour un statut juridique, l'auto-entrepreneur. Ce nouveau statut est idéal pour moi, car l'événementiel est un secteur qui ne génère pas de chiffre d'affaire régulier. De plus, je suis exonéré de charges sociales et je n'ai pas besoin de salarié. Il me permet de développer ma boite sans contrainte financière ou administrative ».

Et même si son entreprise prend de l'envergure, « Thé Man » continue à distribuer du thé dans son quartier, pour le fameux lien social. Il a créé un logo, il compte commercialiser des T-shirts et d'autres produits avec cette marque, en particulier dans ce qu'on appelle le monde urbain. A n'en pas douter, « Thé Man Events », aujourd'hui entreprise auto-entrepreneur, sera une société anonyme dans quelques années ! Affaire à suivre, donc.

vendredi 15 mai 2009

Rachida Dati parle business et bébés à Bondy


Gros bras à l’entrée filtrant les invités, journalistes parisiens et suisses présents, hommes et femmes sur leur trente et un. Une cinquantaine d’entrepreneurs de banlieue attend avec impatience la star du jour. Habituellement, pour avoir une chance d’entre-apercevoir cette femme prestigieuse, il faut se rendre au ministère de la justice, Place Vendôme, ou à la mairie du 7e arrondissement de Paris. A défaut, se contenter des magazines politiques et people.

20h30, la nuit tombe sur Bondy, elle arrive enfin place de la République, sort de sa voiture accompagnée de ses bodyguards. Les journalistes et caméramans l’entourent aussitôt. De noir vêtue, affichant un large sourire, elle pénètre dans la brasserie Murat, où un dîner-débat l’attend. Elle marche d’un pas décidé, sûre de l’effet qu’elle produit, salue les personnes présentes. On lui indique sa table, la soirée peut commencer : Rachida Dati, Mesdames, Messieurs !

La diva ! Attention, nous sommes à Bondy, non à Cannes. Pas d’excès. Ambiance sérieuse, studieuse, même, avec en guise d’euphorisant, un doigt de vin pour ceux qui s’autorisent l’alcool. Ce soir, ce n’est pas la garde des sceaux qui vient, mais la candidate aux élections européennes, deuxième sur la liste UMP en Ile-de-France. Elle a répondu à l’invitation lancée conjointement par le Business Bondy Blog et La nouvelle pme, « réseau social dédié aux entrepreneurs issus des minorités ou des quartiers ». Les convives, qui ont chacun payé leur repas, sont là pour questionner Rachida Dati sur la problématique de « l’entreprise dans l’Europe » et plus précisément sur celle des « PME issues de la diversité ».

L’atmosphère est conviviale et sympathique, mais cette décontraction n’empêche l’apparition de tensions, à propos de la finance islamique notamment, thème cher à quelques-uns des participants. « Je suis contre le communautarisme, répond-elle. La finance islamique, si elle se conforme à la législation, pourquoi pas ? C’est avant tout un mode de financement, avant d’être une solution pour une communauté particulière. »

Debout telle une prima donna, elle fait face à l’adversité, mais elle est aussi très à l’aise dès lors qu’on touche à des sujets plus personnels, voire intimes. A une chef d’entreprise, enceinte et ça se voit, elle dit sans hésiter : « C’est pour quand votre bébé ? Vous verrez, c’est un bonheur immense, un bébé. »

A l’occasion de cette soirée, elle fait une confidence : elle est favorable aux statistiques ethniques, contrairement à son mentor Nicolas et sa « copine » Fadela : « Les statistiques, c’est un outil de mesure pour identifier les discriminations, donc je suis pour dans ce sens-là. » Politicienne, elle lance une pique en direction de Benoît Hamon* et Harlem Désir, députés socialistes européens qui se représentent et qui n’ont pris, les vilains, « que deux fois la parole dans cette enceinte » en cinq ans de législature.

Une heure de débat. Une sortie aussi mouvementée que son arrivée. Mais elle ne pouvait décemment pas quitter cette soirée sans poser pour une belle photo avec la jeune femme enceinte.

Chaker Nouri

*Benoît Hamon sera le prochain invité de La nouvelle pme et du Business Bondy Blog, le 26 mai à Nanterre.

mardi 12 mai 2009

Manuel, entrepreneur acclamé de partout, n'a pas trouvé de financement



Créer sa propre entreprise est une aventure qui aboutit parfois à une succès story mais, le plus souvent, à en croire les statistiques, à un échec. Alors qu'est ce qui peut bien pousser un jeune des quartiers comme Manuel, salarié et de surcroît fonctionnaire, à faire un pari aussi osé que celui de la création d'entreprise ? Lauréat du concours Talents des cités, il n'a pas trouvé de financement!

Manuel Mangata, 33 ans, originaire de la Seine-Saint-Denis, a choisi de prendre le risque d'être son propre patron. « Après mon Bac F1, j'avais comme ambition d'être prof de gym, mais pour faire de longues études, il faut de l'argent. C'est donc après ma deuxième année de Deug que j'ai arrêté mes études. J'ai alors intégré la Mairie de Neuilly-sur-Marne pour être animateur jeunesse. En parallèle, j'ai passé un certain nombre de diplômes dans l'animation ».



Devenu fonctionnaire d'une collectivité locale, notre entrepreneur en herbe se sent très vite à l'étroit dans ses nouveaux habits. « J'avais la bougeotte, j'ai toujours été quelqu'un d'ambitieux. J'ai créé une association de foot en salle. D'ailleurs, un joueur de Rennes et de Guingamp sont passés par cette structure ». Mais cela ne lui suffit pas. « Le fait de côtoyer l'animation m'a permis de découvrir une niche. En effet, j'avais vu que dans la plupart des quartiers il n'y avait pas de lieu consacré aux gamins et aux adultes de 3 ans à 99 ans, un lieu pour se réunir, boire un café ou un jus, fêter son anniversaire, jouer, un lieu convivial et bon enfant ». Il sauta donc le pas.

En 2006, en compagnie d'un ami et avec l'aide d'une boutique de gestion et de la chambre de commerce de Bobigny, il fait son business plan et présente son projet au concours Talents des cités.

Les choses démarrent plutôt bien, puisqu'il sera le lauréat national 2007. La société SFR devient le partenaire et sponsorise la nouvelle start up à hauteur de 7000 euros. « Au début, tout allait bien, réceptions vip, invitations en tous genres, emballement médiatique». Puis cela se gâte. « On voyait les choses en grand, on avait besoin d'un financement de 150 000 euros. Sûrs de nous, car nous avions gagné le concours. Toutes les structures publiques ont validé notre dossier. On ne pensait pas avoir de mal à trouver un financement, mais on a été vite déçu car les banques et les business angels nous ont fait tourner en rond pour rien ». Certaines mairies ont vu d'un très mauvais œil cette concurrence aux centres de loisirs publics. « A chaque fois qu'on tentait de louer un local, la Mairie de la ville concernée nous mettait des bâtons dans les roues. J'ai même demandé l'intervention du Préfet et de Fadela Amara, en vain ».

Devant toutes ces péripéties, Manuel a failli renoncer. « Courant 2008, j'en avais marre de me battre, surtout que mon associé a jeté l'éponge entre temps. Je me suis remis en question, j'ai revu mon budget de financement à la baisse, soit 30 000 euros. Malgré cette réduction, les banques refusaient toujours de prêter, estimant que mon projet était trop novateur. J'avais aussi renoncé à m'installer dans des grandes villes. J'ai donc cherché un local dans la ville de Courtry, 8000 habitants, et j'ai signé un bail précaire de deux ans ». Avec le risque que tous s'arrête car ce bail peut être arrêté unilatéralement par le propriétaire à l'issue de la deuxième année, sans indemnisation.

Aujourd'hui, le Café des Jeux est ouvert et reçoit du public. Manuel n'a toujours pas trouvé de financement, il a fait les travaux lui-même, il a embauché une personne en Contrat d'Iniative Emploi. Son chiffre d'affaires couvre ses charges mais ne lui dégage aucun salaire.
Il vit grâce à son salaire d'animateur, qu'il exerce toujours dans une Mairie.

Beaucoup, à sa place, auraient déjà renoncé. Mais Manuel continue de croire en son projet. Alors si vous passez par Courtry, faites un détour chez lui, vous ne serez pas déçus

jeudi 30 avril 2009

Comment éviter le surendettement ?

Malgré les nouvelles dispositions légales, qui ne sont pas si nouvelles, les banques et les distributeurs continuent de pousser au surendettement, en particulier via les crédits révolving. Chaker donne ici quelques trucs pour s’en sortir.

Dans cadre de la transposition d’une directive européenne de 2008 encadrant les prêts à la consommation, Christine Lagarde, Ministre de l’Economie, a récemment présenté son projet de loi sur les crédits. Selon Que Choisir, « ces nouvelles mesures ne s’attaquent pas au véritable mal que ce sont les crédits revolving, ils reprennent des dispositions déjà en vigueur ».

Dans notre article du 5 décembre 2008, nous avons rappelé les conséquences dramatiques pour les ménages, en particulier dans les quartiers populaires, de l’abus des crédits revolving et de leur commercialisation à outrance par les distributeurs et les banques, à des taux qui se atteignent parfois les 20 %, trois supérieurs à celui de l’usure.

En 2008, 17 millions d’euros de revolving ont été souscrits alors que les prêts classiques n’ont représentés que 11 millions d’euros. Il semble donc nécessaire d’imposer des règles aux acteurs du marché afin qu’ils n’abusent plus de la crédulité des clients, mais il faut aussi que ces derniers s’imposent des principes simples afin d’éviter d’entrer dans le mal-endettement ou pire, le surendettement.

Avant tout, ne pas succomber au crédit revolving. Lorsqu’elles le proposent, les banques (et les distributeurs) ont tendance à être moins regardantes sur l’endettement du client, car la marge est extraordinaire. Par exemple, lors de l’achat d’une télévision plasma ou d’une cuisinière, les grandes surfaces proposent systématiquement avec le produit un crédit revolving, en arguant que cela vous facilitera l’achat de ce bien. En réalite, vous faites une très mauvaise opération : premièrement vous achèterez le bien à un prix plus élevé que celui de départ, compte tenu des intérêts de remboursement et deuxièmement, vous partez pour une durée sans fin. Dans ce cas là, il vaut mieux privilégier un prêt personnel auprès de votre banque qui selon meilleurtaux.com sont aux alentours de 6.80%, voir moins si vous faites jouer la concurrence.

Dans le cas où vous avez déjà succombé au crédit revolving, et vous vous retrouvez avec des échéances au-delà de votre endettement, qui selon la loi ne doit pas excéder 33% de vos revenus, faites racheter vos revolving par une banque, cela vous permettra de réduire fortement vos mensualités et surtout votre taux d’intérêt. Si votre banque refuse, n’hésitez pas à faire jouer la concurrence, certes si un autre établissement accepte le rachat, vous devrez sans aucun doute changer d’agence bancaire, mais vaut mieux des tracasseries administratives que persister à rembourser des mensualités exorbitantes.

Mais avant toute souscription d’un crédit à la consommation, sachez que vous avez un délai de réflexion, qui va passer à 14 jours dans le nouveau projet au lieu de 7 jours actuellement. Ne jamais signer hâtivement et surtout pas sous la pression d’un vendeur Hi Fi qui, grâce à vous, touchera une commission sur la plasma vendu et sur le crédit revolving associé à cette vente.

Enfin, essayez tant que faire se peut de privilégier l’effort d’épargne, et d’acheter le produit avec la trésorerie que vous vous êtes constitué sur un placement de trésorerie, type Livret A, car lors d’un prêt pour l’achat d’un bien de consommation, vous n’avez jamais de retour sur investissement à la différence d’un prêt immobilier.

Le législateur pourra essayer d’encadrer la commercialisation des crédits à la consommation, mais rien ne pourra empêcher un commercial d’une banque ou d’une grande surface de faire pression sur le client pour qu’il souscrive rapidement à un revolving, car il est tenu par des objectifs commerciaux et souvent sa rémunération en dépend, c’est donc le système qui est vicieux.

Malheureusement, ce sont souvent les ménages résidants dans les quartiers difficiles qui sont victimes de ces abus, car on succombe plus facilement aux crédits lorsqu’on est dans une situation précaire. Aujourd’hui, l’ouvrier qui réside dans les immeubles vétustes d’Outreau et l’agent d’entretien qui habite dans la cité des 4000 de la Courneuve peuvent à la fois avec une carte de crédit revolving acheter une wii pour les enfants, une machine à laver et même faire leurs courses alimentaires.

lundi 13 avril 2009

Le contrat en alternance, l'espoir des jeunes englués dans la crise


Plutôt que la fac qui débouche sur du vent dans bien des cas, les jeunes en situation précaire misent sur les BTS. Mais attention au mirage !

Les derniers chiffres du chômage sont catastrophiques : 80 000 demandeurs d'emplois de plus pour le seul mois de février. Et lorsqu'on examine les chiffres, on note que ce sont les moins de 25 ans qui sont les plus touchés. L'heure est grave.



En période de crise, les jeunes sont particulièrement touchés par la précarité, voire la pauvreté. Le phénomène n'est pas nouveau, mais on arrive à une situation jamais atteinte auparavant : 20 % des jeunes sont sous le seuil de précarité, le taux de chômage des jeunes est le plus élevé d'Europe, beaucoup de départs en retraite et moins de jeunes pour remplacer ces départs.

Les pistes envisagées pour endiguer ce fléau sont nombreuses, cela va de la transformation des stocks options en job actions - comme le préconise Martin Hirsch, Haut Commissaire, chargé de plancher sur des solutions pour combattre la précarité des jeunes - à la reprise d'anciennes recettes, comme les études en alternance. Le gouvernement va d'ailleurs mettre en place un programme de 1,5 milliard d'euros pour financer 100 000 formations professionnelles en alternance.

En écho à ce projet gouvernemental, s'est tenu les 27 et 28 mars à la Cité de la Villette, le salon de l'alternance pour les étudiants de Bac à Bac + 5. Toutes les grandes écoles ainsi qu'un certains nombres d'entreprises étaient présentes afin d'attirer les jeunes à la recherche d'un cursus scolaire en alternance. Ces derniers sont venues en masse, pour beaucoup d'entre eux, le lieu est l'endroit rêvé pour trouver une formation qui allie la théorie et la pratique, afin d'intégrer au mieux le marché du travail, comme Frédéric, jeune Bondynois de 23 ans, actuellement en troisième année de licence.

« Depuis mon bac, dit-il, je ne fais que de la théorie, mais cela n'est pas suffisant pour intégrer le marché de l'emploi, c'est pourquoi après ma licence, je souhaite faire une année de spécialisation en alternance. » Pascale, jeune Parisienne de 19 ans : « Je suis en première année de licence et je m'ennuie vraiment à l'université, c'est pourquoi à l'issue de cette année, je vais intégrer un BTS comptabilité en alternance ; j'aurai un pied dans le monde du travail et cela me permettra d'acquérir une expérience professionnelle adéquate. »

Les études en alternance ne permettent pas seulement d'acquérir expérience, elles offrent aussi une rémunération tout au long du cursus : « Actuellement, raconte un étudiant de Normandie, je suis en deuxième année de BTS informatique de gestion ; seulement, j'habite à Caen et mon école est à Paris. Le contrat en alternance me permettra de toucher un pécule tous les mois afin de pouvoir m'installer en région parisienne. Et un BTS en alternance m'aidera à disposer des armes suffisantes pour ne pas rester trop longtemps sur le carreau. »

De grands espoirs se lisent sur les visages des jeunes rencontrés dans ce salon, mais attention au retour de bâton : 40% des étudiants inscrits dans un cursus en alternance sont ensuite en échec scolaire, et 30% des contrats en alternance sont rompus dans les trois mois. Affaire à suivre, donc.

M. Besson, vous prendrez bien un peu de poulet au KFC !


Africains sans papiers, ils sont confinés aux basses oeuvres. Craignant d'être licenciés, ils sont en grève pour obtenir leur régularisation. Reportage à Châtelet.

Le poulet du KFC de Châtelet, à Paris, a un goût un amer pour un certain nombre de ses salariés, en grève depuis le 23 mars. Au même titre que ceux de Continental où de Caterpillar, ils ont décidé de croiser le fer avec leur direction afin de sauver leurs emplois. Non pas parce que le leader de la restauration rapide de recettes à base de poulet va déposer le bilan, mais parce qu'ils sont sans papiers, et à ce titre, ils risquent de se faire licencier d'un moment à l'autre.



Ces salariés silencieux jusqu'alors, sont pour la plupart confinés aux basses œuvres. Ils sont commis de cuisine, agent de nettoyage, travaillent dans des conditions exécrables ; ils sont en poste dés l'aube et ne rechignent jamais à la tâche. Ils viennent du Sénégal, du Mali, de Mauritanie, sont arrivés en France il y a plus de dix ans à bord de bateaux vétustes au péril de leur vie, avec femme et enfant.

Aujourd'hui, ils sortent de l'anonymat, synonyme d'un possible aller sans retour pour l'Afrique. Mamadou, âgé de 40 ans, originaire de Dakar, est l'un d'eux : « Cela fait sept ans que je suis en France, j'ai intégré le KFC il y a quelques années, j'ai toujours travaillé dans ce restaurant, reçu des fiches de salaires, j'ai toujours déclaré mes impôts, j'ai une carte de sécu, j'ai tous les papiers sauf le plus important, ma carte de séjour. »

C'est lorsque le directeur du restaurant des Halles a commencé à licencier un certain nombre de ses employés pour défaut de carte de séjour, que tous ont décidé d'être solidaires, persuadés que leur tour viendrait : « Quand on a appris qu'un de nos collègues risquait d'être licencié parce que sans papiers, c'est là qu'on a décidé de se mettre en grève avec le soutien de la CGT, explique Mamadou. Pour nous, la grève, c'est dur, car on n'est pas payés durant cet arrêt de travail, mais on combat pour être libres. »

Sur la rue piétonne qui passe devant le KFC des Halles, restaurant de la chaîne qui réalise le plus gros bénéfice de France, les sans papiers haranguent les passants, afin d'alerter l'opinion publique sur leur situation administrative et leur condition de travail. « Certes, nous travaillons huit heures par jour, pour huit euros de l'heure, dit Traoré, Malien de 30 ans, mais demain, si nous tombons malades, nous ne serons pas indemnisés, si nous sommes licenciés, nous n'aurons pas droit chômage, c'est quoi ça ? De l'exploitation ni plus ni moins. Nous ne prenons le travail de personne, nous faisons le job que personne ne veut faire, on a besoin de nous, il faut donc nous donner les papiers. »

Ces salariés en débrayage sont optimistes, persuadés qu'au final, ils obtiendront le fameux sésame, d'autant plus qu'il s'avère que la direction tolère ce mouvement de grève, tant que les grévistes ne gênent pas la bonne marche du restaurant. Il est évident que pour KFC, ce mouvement est un moyen indirect de faire pression sur les pouvoirs publics, afin qu'ils régularisent des salariés travailleurs et dociles, comme nous le confirme un salarié, avec des papiers, celui-ci : « Franchement, les Africains, ils bossent bien, on n'a jamais de problème avec eux, ils sont à l'heure, jamais ils ne se plaignent, c'est le rêve pour un patron ; pour le KFC, c'est retour sur investissements direct, c'est pour cela que je pense qu'au fond d'elle-même, la direction serait heureuse qu'ils soient tous régularisés. »

En ces temps de crise où des salariés séquestrent des patrons, bloquent le taxi de leur boss, jettent des œufs sur leurs cadres dirigeants, l'Africain du KFC, lui, est « gentil ». Monsieur Eric Besson, allez, un petit effort, ils feront sans aucun de bons Français.